Rapport d’activité - Campagne de printemps 2013

 

La mission est arrivée à Sân el-Hagar le 11 mai 2013 et a travaillé jusqu’au 23 juin. Le CSAE a été représenté par Monsieur ‘Omar Hasib ‘Omar. L’équipe a été constituée de onze personnes : Philippe Brissaud (directeur), Christelle Desbordes (égyptologue, photographe), Jean-François Baratin (archéologue), Marie-Françoise de Rozières (restauratrice), Olivier Lavigne (architecte), Béatrice Magdinier (archéologue), Dominique Maisonneuve (assistante céramologue, topographe), Bruno Robert (céramologue), Héléna Rochard (archéologue, dessinatrice), Colette Viart (céramologue), Pierre-Nicolas Voisin (architecte).

L’activité de la mission s’est développée sur quatre secteurs.

 

Les puits du temenos de Mout

 

Le dégagement des structures a été achevé jusqu’aux abords de la nappe phréatique. Leur étude architecturale a confirmé que les puits ont eu une histoire complexe avant et après la construction du Lac Sacré. 

 

Puits du temenos de Mout Tanis

 

Le Lac Sacré du temenos de Mout

 

Le Lac Sacré a été entièrement dégagé. Le bassin mesure près de 32 m du Nord au Sud et de 12 m d’Est en Ouest. L’épaisseur des murs varie entre 1,50 m et 3 m. Suivant les endroits, neuf ou dix assises ont été dégagées jusqu’à la nappe phréatique, qui était 50 cm plus bas à la fin juin 2013 qu’à l’automne 2009. Les côtés sont convexes, de façon à contenir les poussées des terrains vers l’intérieur du bassin. Les parois sont également conçues de manière évasée vers le haut pour les mêmes raisons.

 

Vue générale du Lac Sacré du temenos de Mout 

Vue générale du Lac Sacré du temenos de Mout.

 

Aucun escalier n’a pu être repéré, ni contre les faces ni dans les angles. Peut-être cela est-il dû à l’inachèvement de la structure. Il semble que les quatre mètres submergés du Lac ont été accompagnés par endroits par le déversement de blocs ou de gros fragments de calcaire. 

 

Angle nord-est du Lac Sacré de Mout.

 

Sur l’arase du Lac et dans son remplissage, déversé après l’abandon de la construction de la maçonnerie, ont été découvertes en 2009 et en 2013 deux statues d’animaux exceptionnelles qui ont perdu leur tête et leurs pattes. A l’automne 2009, sur le mur ouest du Lac, avait été trouvée une statue en albâtre en forme probable de cochon. Au printemps 2013, a été mise au jour sur le mur est du Lac une autre statue, en calcite, difficile à identifier mais qui pourrait représenter un chien puissant ou un félin.

 

Statue de mammifère découverte dans le Lac Sacré de Mout.

 

Les blocs décorés réutilisés visibles dans les parois du Lac sont au nombre de 171. Dans l’ensemble de la maçonnerie, leur nombre est probablement beaucoup plus élevé. La qualité des reliefs, sculptés ou peints, est remarquable et l’information historique qu’ils fournissent est importante, avec la mention de pharaons souvent peu connus, Siamon, Chechanq I, Padibastet, Pami, Neferkarê, Osorkon IV et la reine Tadibastet.

 

Remblaiement du Lac Sacré du temenos de Mout.

 

Secteur urbain à l’Ouest de la quatrième enceinte du temenos de Mout

 

Notre action a été concentrée sur la zone située immédiatement à l’Ouest de la quatrième enceinte du temenos de Mout, poursuivant ainsi les recherches effectuées lors de la campagne précédente. En profondeur, la face de l’enceinte ne porte aucune trace d’érosion ou d’altération, contrairement à toute sa partie supérieure. Contre elle, sur 1,80 m d’épaisseur, a été déposée une couche de terre argileuse noire qui forme un sol horizontal et dont la partie inférieure est mêlée avec des lits de sable jaune. Sous la masse argileuse se développe un sol horizontal constitué de grosses briques en argile foncé régulièrement disposées. Cette plaque de briques reposait sur une couche de plus d’un mètre d’épaisseur de sable remanié contenant quelques rares tessons datés clairement de la Troisième Période Intermédiaire. Les premiers lits de briques de la 4e enceinte ne descendent pas plus bas que cette couche sableuse, qui s’étend clairement sous la maçonnerie de l’enceinte. En dessous, différents niveaux de terre et d’argile ont été mis au jour, ayant tous pour caractéristique d’être déposés horizontalement.

 

Niveau de briques crues contre la 4e enceinte de Mout.

 

Nous avons également effectué quatre nouvelles tranchées dans les collines situées sur les marges occidentales du temenos de Mout, afin de compléter les informations recueillies au printemps 2012 grâce aux grandes tranchées Est - Ouest réalisées alors plus au Sud et jusqu’aux abords des nouvelles réserves archéologiques du CSAE. Les deux tranchées les plus au Sud ont révélé une stratigraphie identique à celle enregistrée en 2012, montrant un déversement massif de remblais de l’Est vers l’Ouest à la Basse-Epoque. Les deux tranchées situées les plus au Nord ont, quant à elles, permis d’identifier des niveaux d’occupation d’époque gréco-romaine.

 

Tranchées réalisées à l'Ouest du temenos de Mout.

 

Secteur urbain au Nord-ouest du temenos de Mout

 

Immédiatement à l’Ouest de l’angle nord-ouest des enceintes tardives, des couches de cendres noires et quelques tessons déformés à la cuisson donnaient à penser qu’une aire de production pouvait se situer à proximité. A l’automne 2012, un grand décapage avait été réalisé. Il avait fait apparaître un ensemble formé d’un bâtiment rectangulaire de brique crue comportant plusieurs zones rougies par le feu et possédant encore une élévation d’une dizaine de lits de briques de haut. L’intérieur de la structure avait été défoncé par une tranchée récente et le vidage de la fosse avait révélé l’existence de ce que nous avons cru au début être deux fours.

Du fait de la disposition particulière des poteries, nous avions pensé être en face d’une fournée en place, constituée d’un matériel très diversifié. La présence de quatre grandes jattes-mortiers, dont deux estampillées sur la lèvre, est particulièrement intéressante dans le cadre de l’étude du monde méditerranéen du fait de l’abondance de ce type en archéologie gallo-romaine et nord-méditerranéenne. Les fours supposés présentaient incontestablement une disposition surprenante, unique dans l’archéologie des ateliers de potiers, qu’il était très difficile d’interpréter.

Au printemps 2013, la fouille complète de ce secteur nous a permis de comprendre que nous étions en réalité en présence d’un secteur d’habitat complexe et fortement incendié et non dans les ruines de plusieurs fours.

 

Zone d'habitat romain au Nord-ouest du temenos de Mout.

 

Il a pu être établi qu’il existait trois bâtiments contigus, probablement des caves, en particulier celui de l’Ouest auquel on accédait par un escalier de terre dont le nez des marches était renforcé par des pièces de bois. Ces trois constructions ont subi un très grand nombre de réfections / modifications dont l’histoire demeure plutôt confuse, ce qui est souvent le cas dans les structures d’habitat en briques crues, à l’architecture facilement évolutive. Une grande partie du matériel, qui s’est révélé abondant, est datable du 2e siècle après JC. Cependant, de nombreuses poteries plus tardives, notamment à l’Ouest, pourraient indiquer une réoccupation ultérieure des lieux. Outre les poteries, ces caves recelaient aussi des objets de facture soignée, dont plusieurs ensembles en bois carbonisé. Le caractère fragmentaire et lacunaire des données mises au jour ne permet malheureusement pas de préciser davantage l’aspect de cette occupation d’époque romaine.