Organisation des espaces sacrés et urbains sur le tell

 

A Tanis, comme partout en Egypte, l’essentiel des constructions subsistantes, structures diverses et enceintes, étaient bâties en brique crue. Les temples et autres bâtiments en pierre, tel le Lac Sacré, ont, de même que dans tout le Delta, sérieusement souffert de destructions massives en vue de la récupération des matériaux : ainsi le temple d’Amon a-t-il perdu 95% de ses pierres. Construits en calcaire, les temples de Tanis ont vu leurs pierres disparaître dans les fours à chaux ou encore être débitées à la scie. Toutefois, tout n’a pas été détruit par les chaufourniers byzantins. Il semble que certains monuments ont été démontés à l’époque hellénistique pour fournir, à bas compte, des matériaux pour de nouveaux projets.

La plupart des temples détruits ne subsistent alors que dans leur emprise générale, grâce à quelques murets de brique crue. Ces murs-caissons, typiques de l’architecture de cette partie de l’Egypte, délimitaient le sable de fondation sur lequel reposait le radier de plusieurs lits de pierres qui supportait les murs en élévation du sanctuaire lui-même. C’est dire l’écart considérable entre l’aspect actuel, plus proche des ruines résiduelles d’une carrière (Sân el-Hagar = Sân les pierres) et l’aspect probable des lieux dans l’Antiquité.

Malgré une telle situation, l’analyse du site a permis d’établir que Tanis fut conçue dès la XXIe dynastie comme une réplique de Thèbes, où se trouvaient reproduits un ensemble proche de Karnak dans la partie Nord du tell (temenos d’Amon et de Mout) et un autre assimilable à Louqsor au Sud du tell (temenos d’Amon d’Opé). Seule différence due à la topographie du site et aux contraintes géographiques du Delta, la nécropole royale, située à Thèbes sur la rive ouest du Nil, est ici intégrée au temenos d'Amon, la division Est/Ouest des espaces sacré et funéraire étant conservée. Ce parallélisme existe aussi sur le plan religieux, la triade thébaine, Amon, Mout et Khonsou, ayant été transplantée à Tanis. La topographie elle-même a tendu a être conforme au schéma de base. Si des villes telles que Pi-Ramsès ou Balamoun ont pu être appelées Thèbes du Nord, seuls les concepteurs de Tanis paraissent avoir recherché une matérialisation de ses plans aussi proche que possible de l’original.

Développée progressivement vers la fin de la XXe dynastie, la ville portuaire initiale s’est ensuite muée, dans les débuts de la XXIe dynastie, en une capitale imposante, installée selon les principes avancés ci-dessus. Elle connut dans le millénaire qui suivit une évolution intéressante. Tout en gardant ses références à Thèbes, elle se développa suivant une théologie qui vit une progression importante du culte d’Horus et une topographie qui privilégia nettement les sanctuaires liés à cette divinité, dont un temple majeur fut installé dans le centre du tell. 

 

temenos Mout Amon Tanis